La Semaine Sainte passée je suis allé à la FAR, à Rimkieta, pour apporter mon petit grain de sable à ce projet d’aide au développement résultant de la volonté et de la persévérance de beaucoup de personnes. Voici mon récit sur mon expérience à Ouagadougou. Une expérience que je n’oublierai jamais.
Samedi 28 avril 2015: Arrivée à Ouagadougou
Vol de Barcelone jusqu’à Ouagadougou via Paris. Pendant le voyage il me revient à l’esprit le jour où j’ai décidé de visiter Juan Carlos dans son bureau vers 2012. On m’avait parlé d’un professeur de l’IESE qui avait fondé une ONG au Burkina Faso, qu’il avait un projet solide et sérieux. Depuis ce moment nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, nous avons beaucoup parlé, et j’ai eu le plaisir de connaître sa fille María, qui s’est tellement éprise du Burkina qu’un jour elle a tout laissé et est partie y vivre.
Jusqu’à présent ma contribution avait consisté en conseils à la FAR sur certaines questions d’informatique et internet. Nous avions réussi à avoir des ordinateurs portables que María emmena, dans sa valise! Je n’ai jamais été conscient de l’importance qu’ils avaient pour l’équipe à la FAR, de vieux ordinateurs, jusqu’à ce que je les ai vus là-bas et ai pu vérifier par moi-même le grand service qu’ils rendent. Nos petites actions ici peuvent signifier une aide énorme là où il n’y a presque rien.
Tout d’un coup, je me dirigeais à Rimkieta, à la FAR, de ce que si souvent m’avaient parlé Juan Carlos et María. J’étais vraiment ému et heureux d’avoir l’opportunité d’y mettre mes pieds, mes yeux et mes mains. Le but de mon voyage était d’évaluer le fonctionnement du projet “Cyber”, ainsi que de chercher les meilleures options pour que María puisse avoir une connexion à internet le plus fiable possible.
Après l’atterrissage, nous sortons de l’avion par un escalier et la jardinière nous dépose au terminal. Avant d’entrer un cortège sanitaire nous reçoit et nous demande de tremper nos mains dans un gel désinfectant pendant qu’ils nous explorent avec une caméra thermique pour détecter si quelqu’un a de la fièvre et puisse être sujet d’Ébola…
À la queue du passeport je vois Cristina qui me reconnait et me fait signe. Un fois à son hauteur nous nous saluons et elle me dit que Patrick va me réviser le passeport, le mari de María qui travaille à l’aéroport. Tout se déroule parfaitement. Patrick, diligent et discret s’en va après s’être assuré que tout est en ordre.
Cristina m’emmène au centre missionnaire d’accueil “Les Lauriers”, tenu par des religieuses. Je vais m’y loger pendant ces jours. J’ai une chambre superbe, avec climatisation et douche. Tout un luxe dans ces parages. Sur la porte de ma chambre je trouve une feuille avec les prix. Pour les personnes religieuses c’est la moitié du prix stipulé pour les personnes laïques, sauf pour les chambres avec climatisation, qui ont le même prix pour tous. Parce que c’est un luxe ici!
Jour 1: Dimanche des Rameaux
Je dors comme une marmotte et je me réveille à 6:30. Le petit déjeuner se sert au rez-de-chaussée: pain avec du beurre, confiture et café soluble. À 8 heures pile Cristina apparait avec sa voiture et nous allons directement au Cyber. Aujourd’hui c’est Dimanche des Rameaux et la cathédrale est pleine à craquer de gens qui veulent assister à la Messe et doivent se contenter de l’écouter depuis l’extérieur. Les chants résonnent autour de nous. C’est l’heure de la Communion.
Sylvie, responsable du contrôle du projet, et Aline et Richard, les deux employés qui gèrent le Cyber nous y attendent. La première chose que l’on fait c’est de nous assoir pour rompre la glace et parler un peu de ce que je suis venu faire ici. Ils m’expliquent les différents services qu’offre le Cyber: navigation sur internet, connexion WIFI, imprimés, photocopies, transcription de documents et reliures. Les journées à leur côté seront très importantes pour m’aider à comprendre la situation du Cyber.
Nous essayons les ordinateurs et évaluons l’expérience de navigation. Les cinq ordinateurs fonctionnent bien. En ce qui concerne la mémoire et le disque, ils en ont plus qu’il n’en faut. Ils ont un anti virus opératif et Skype. Je vois que la navigation va assez bien, mais elle est très irrégulière. Richard m’explique qu’à cause de cette irrégularité, il est fréquent que les gens venant se connecter et comme la connexion ne va pas, ils doivent revenir plus tard.
Les PC sont remplis de documents Word des jeunes qui viennent faire leurs travaux, CV, quelques déclarations d’amour… et, beaucoup de films! Richard m’informe que c’est une pratique habituelle de la part des usagers de décharger un film et de venir le voir à différents moments, demandant expressément l’ordinateur où ils l’ont laissé. Malgré qu’il soit dimanche, beaucoup de gens sont venus au long de la journée.
Tant Richard qu’Aline sont attentifs aux questions et besoins des usagers. Avant de partir, nous avons un peu parlé du cours d’informatique qui s’annonce au Cyber et de comment ils pensent le faire. Ils m’ont montré les fiches d’exercices qu’ils ont qui ne sont pas mal du tout, bien qu’un peu désordonnées. Je leur ai commenté qu’il faut trouver une solution au désordre et chaos des documents laisser sur le bureau des différents ordinateurs. À 17:30, avec la tombée du soleil je retourne à la résidence. Les religieuses, qui sont adorables, m’ont préparé le dîner bien qu’aujourd’hui ce n’était pas prévu!
Jour 2: lundi
Il est 7:30. Au rez-de-chaussée on y sert le même petit déjeuner su matin précédent, pain avec du beurre, confiture et café soluble. À 8h pile m’attendent à la porte Sylvie, qui est arrivée en moto, et Issaka, mon fidèle conducteur avec qui j’irai pendant toute la semaine d’un endroit à un autre. Aujourd’hui lundi il y a beaucoup plus d’animation parce que les magasins sont ouverts: voitures et motos concourent pour circuler dans les rues sans goudron, et aux carrefours chacun fait ce qu’il peut. C’est une sorte de chaos accordé.
Nous passons la matinée à visiter les bureaux commerciaux des opérateurs téléphoniques du Burkina: Telecel, Airtel y Onatel. Cette visite nous aide assez à éclaircir les options de connexion et tarifs existants tant pour le Cyber que pour la maison de María.
De retour à la FAR, j’ai pu voir l’antenne satellite pour la connexion à internet et l’installation. À son époque j’ai conseillé la FAR sur l’achat de cette antenne et c’est un plaisir de constater le grand service qu’elle apporte à la FAR et du coup à la communauté de Rimkieta.
Je mange à la Maternelle, et aujourd’hui il y a du riz avec du poisson. Chaque jour, les 300 enfants de la Maternelle, les filles du projet de formation des filles non scolarisées, les enfants de la rue et les employés mangent à la FAR. Aujourd’hui je suis un de plus. Après le repas, je passe voir les filles qui sont en train de ramasser leurs assiettes et je vais où se trouvent les enfants de la rue. Ils ont un moment de répit après avoir mangé juste avant de se mettre à étudier. Ils ont tous une envie incroyable d’étudier!Nous retournons au Cyber. Là-bas il y a également les projets du puits Luís, la banque de céréales et le moulin. Les mamans commencent à arriver avec leurs enfants sur le dos pour acheter des céréales à prix social et en Font de la farine au moulin d’à côté. Désormais elles n’ont plus besoin de les moudre à la main ce qui suppose un gain de temps et d´énergie. La fin de matinée au Cyber s’est bien déroulée. Richard se débrouille bien en faisant plusieurs choses à la fois ça se sent qu’il aime son travail. À 15h Aline arrive, c’est son tour. La chaleur est brutale et on a du mal à penser avec clarté. Il faut s’hydrater continuellement. À 18h je retourne à la résidence. Pour diner il y a soupe de légumes et viande. Tout est très délicieux. Pendant que nous bavardons, panne de courant … qui ne revient pas jusqu’à bien tard la nuit suivante. Je m’en vais au lit sans climatisation ni ventilateur. Toute une expérience de méditation transcendantale.
Jour 3: mardi
J’ai eu du mal à dormir avec la chaleur. Le courant n’est toujours pas revenu et on me dit que la coupure de courant a lieu dans une bonne partie de la ville- Personne ne sait si pourquoi ni quand il reviendra. En vue de cela, je décide d’aller à la FAR parce que là-bas on pourrait toujours travailler jusqu’à 11h avec les batteries.
Nous mangeons à la FAR: aujourd’hui macaronis avec de la tomate et de la viande. Je passe par où se trouvent les enfants de la rue et ils m’offrent un bracelet qu’ils ont fait avec des élastiques et beaucoup de patience, Ils sont géniaux! Je me dirige au Cyber avec les batteries rechargées, où ils ont du recourir à l’électro-générateur pour travailler, mais comme il n’y a pas beaucoup de gens ils l’on arrêté. À côté du Cyber le moulin ne fonctionne pas à cause de la coupure de courant et il y a une queue énorme au puits “Luis” parce que le manque d’électricité signifie manque d’eau dans les fontaines publiques de Rimkieta. Tout un défilé de bidons, seaux et récipients qui voyagent sur le dos des femmes. Où sont les hommes?
L’après-midi passe dispersée et lourde. La chaleur et la sensation d’éboulement par le manque d’électricité pèsent sur les états d’âme. Peu d’activité au Cyber. Quand deux personnes s’accumulent en attente, nous reconnectons l’électro-générateur. C’est mieux que rien. Je retourne à l’hôtel et sur le chemin je me rends compte que le courant est revenu dans le centre ville. Sera-t-il revenu à ma résidence? Et bien non… Nous avons convenu de dîner à 19h30 avec Cristina, son mari Hermann et Patrick. Nous avons très bien diné et beaucoup ri.
Nous dînons très bien. Ils me laissent à l’hôtel qui continue sans courant. Comme j’ai déjà appris à méditer et avais bu un peu de vin, je m’endors tôt. À 2:30 du matin la lumière me réveille, celle de la chambre! Je ferme la fenêtre, branche la climatisation et me couche comme il faut et souriant.
Jour 4: mercredi
Il est 7:30. Je vais directement à la FAR. J’emmène un câble que j’ai pris du Cyber pour configurer le router wifi qui n’a aucun code d’accès et il y a des gens qui l’ont découvert et se postent derrière le mur extérieur pour se connecter gratuitement à internet. Je n’ai aucun problème pour changer la configuration et maintenant le wifi de la FAR s’appelle “FAR”, comme il se doit.
À 10h les enfants de la Maternelle arrêtent leur classe pour manger et sortir à la récré. Je m’approche à l’une des classes. Tous les enfants, Tous!, quand ils entrent dans les bureaux saluent les adultes, un par un, et quand tu rentres dans une classe ils disent en chœurs: “Bonjour tonton” (bonjour “oncle” poliment). Alors, une fois dans la clase de la Maternelle, tous les enfants me saluent comme il faut et attendent leur tour pour se laver les mains parce ce qu’ils vont manger. Les enfants m’invitent à manger avec eux et sans hésiter je me sers un bol avec un peu du plat du jour et je m’assois avec eux, non sans avant me laver les mains, il faut faire exemple! Aujourd’hui il y a un mélange de lait avec du riz et du sucre typique du Burkina qui s’appelle “bouillie”. Les enfants me regardent émerveillés et amusés. À mesure qu’ils finissent, ils ramassent leur bol, le lavent et peuvent sortir en récré. Je les laisse en souriant et retourne à mes affaires.
C’est l’heure de déjeuner: aujourd’hui on a du riz avec des haricots. Je mange rapidement et je vais au Cyber. D’ailleurs, en milieu de matinée il y a à nouveau eu une coupure de courant mais ils sont en fonctionnement grâce à l’électro-générateur. Il vient assez de gens et Richard gère la demande de connexion à internet, les photocopies et les demandes pour passer sur ordinateur notes de cours et travaux. Aujourd’hui il ya bien plus de gens que les jours précédents,
Sur le mur extérieur du Cyber il y a un tableau qu’utilisent beaucoup d’étudiants pour faires des “devoirs”. Tous les matins je trouve des exercices de maths, de chimie, etc. Aujourd’hui il n’y a pas de queue pour puiser de l’eau parce que presque tout le monde a fais ses réserves hier, mais si le retour de courant tarde nous reverrons la queue du jour précédent.
Je retourne à la résidence, Là-bas il y a toujours du courant, Bien! Le dîner consiste en soupe d’épinards et poulet au four avec une délicieuse purée de légumes. Ici les poulets sont petits, plutôt maigres. Aujourd’hui Cristina m’a dit des merveilles du frère Salvador. J’ai de la curiosité à le connaitre et après avoir diné je me dirige à l’école que les frères de Lasalle ont devant la cathédrale. J’y vais comme ça, sans préavis, bien que je sache que je ne devrais pas… Je demande après lui et il me reçoit en m’embrassant chaleureusement. Il m’invite à diner avec la communauté des frères. Je ne veux pas déranger et lui propose de passer plus tard ou le lendemain. Il insiste à passer et m’assoir avec eux, finalement j’accède. C’est vraiment un plaisir de connaître des personnes comme le frère Salvador: bonté, intelligence et expérience.
Un nouveau jour complet, intense, comme tous ces jours à Ouagadougou. Je rentre et tombe raide sur le lit.
Jour 5: jeudi Saint
Il est 7:30. Je dois prendre congé de la religieuse qui se charge de la gestion de la résidence et qui m’a si aimablement reçu.
Une fois la valise dans la voiture, nous nous dirigeons à la FAR. Je profite de ce moment pour libérer le disque dur de Colette, la comptable. Le programme de comptabilité génère beaucoup de fichiers inutiles qui laissent le PC sans espace et il se ralentit chaque fois. Une fois assaini, j’explique à Colette quels fichiers elle peut éliminer sans problème et j’insiste sur le fait qu’elle compte sur moi chaque fois qu’elle ait un doute. Je passe également rapidement par la FAR. Je dis au revoir aux professeurs et jette un dernier coup d’œil aux enfants de la Maternelle. Je veux conserver cette image pendant longtemps.
Je vais au cyber et révise avec Richard et Aline tout ce dont nous avons parlé pendant la semaine, surtout, l’importance de maintenir le bureau des ordinateurs bien ordonné. Aujourd’hui il ya a plein de personnes qui demandent des photocopies, scanners, et travaux à passer à l’ordinateur. Je dis au revoir à Richard en lui donnant la main, claquant les doigts et tapant les poings comme on le fait ici.
Je me réuni avec Cristina et nous allons manger au centre ville, juste après avoir pris congé de Sylvie y Colette.
Patrick nous attend à l’aéroport pour s’assurer que je n’ai aucun problème avec les démarches. Je dis au revoir à Cristina, très content de nous avoir rencontrés et très reconnaissant pour son aide à chaque moment. Le vol décolle dans une heure et retour à la maison sans aucun problème.
Mes pieds, mes mains et mes yeux sont en ce moment à Barcelone. Mais mon cœur continue à Ouagadougou, dans un quartier appelé Rimkieta.