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Récit d’un massacre

Communauté de Partiaga, région de l’Est, frontalière avec le Niger et le Bénin
“Les cochons voulaient manger mon père, alors j’ai risqué ma vie en me cachant dans les grottes pour pouvoir l’enterrer pendant la nuit.” C’est la terrible histoire qui nous a réveillés aujourd’hui, celle d’un survivant du dernier massacre terroriste dans un petit village de la communauté de Partiaga, dans la région de l’Est, à la frontière du Niger et du Bénin.
“Ce que j’ai vu dans le village est horrible à expliquer. Comprenez notre douleur de ne même pas pouvoir enterrer nos morts. Je suis parti à pied à 4 heures du matin pour me faufiler entre les arbres, car ils (les terroristes) sont revenus ce matin pour piller le peu qui restait (le survivant interrompt son récit et pleure pendant 2 minutes). Il semble que nous ne soyons pas des Burkinabés. Ce matin, ils ont continué leur crime en mettant le feu à ce qui restait, j’étais caché, après avoir enterré mon père et j’ai vu les flammes. Quoi qu’elles (les autorités) disent, il n’y a aucune excuse pour ce qui s’est passé à Partiaga. Il y a beaucoup de personnes disparues. Vous ne pouvez pas comprendre, je ne sais pas où est ma famille. C’est grave, c’est grave. La mine (il y a une mine d’or) pourrait nous sauver, mais malheureusement notre problème ne les concerne pas”.
Le récit direct des témoignages des familles d’un groupe d’habitants originaires de Partiaga et vivant à Ouagadougou, dénonce le fait que les “Forces de Défense et de Sécurité se sont retirées et ont abandonné les villages”. “Malgré l’appel à l’aide des habitants pendant plus de deux semaines, seuls les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), auxiliaires civils de l’armée, sont restés pour défendre le village”. “Les terroristes ont encerclé le village pendant des jours avant de lancer leur attaque. Les hommes qui se sont opposés à eux ont été fusillés. Ce fut un véritable massacre. Le village a été entièrement pillé et brûlé. ”.

Femmes et enfants fuyant « avec ce qu’ils portent ». Photo d’illustration : © Joerg Boethling
Il n’y a pas encore de chiffres officiels, mais il semblerait que plus de 70 morts.
La situation en matière de sécurité s’est considérablement détériorée en ce début d’année. Les terroristes, plus déterminés que jamais, ont intensifié leurs attaques, qui deviennent de plus en plus violentes et cruelles. En moins de deux semaines, plus de 100 personnes ont été tuées dans plusieurs attentats dans le nord et l’est du pays.

Actuellement, il y a près de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, soit près de 9 % de la population.
Pendant ce temps, à Ouagadougou, la capitale, inconsciente de tout ce qui se passe “hors murs”, nous sommes en pleine célébration du FESPACO, le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision (les “Oscars” du continent africain). Comme d’habitude, le gouvernement a décrété, avec moins de 24 heures de préavis, et du dimanche au lundi, que les secteurs public et privé devaient travailler en continu de 7h30 à 14h afin que la population puisse profiter des films du festival dans l’après-midi.
Sans vouloir être oiseau mauvaise augure, les deux derniers coups d’État ont été précédés de situations similaires à celle que nous vivons.
Je vous demande donc à tous d’en remettre ce moment dans lequel nous nous trouvons comme étant, si possible, encore plus fragile que d’habitude, en nous rassurant que nous continuons dans notre « micro monde de Rimkieta » (voir post France 0 – Russie 1 (Wagner arrive au Burkina).
Reine de la Paix, priez pour nous