Après trois mois en Espagne et à peine quelques heures après mon retour chez moi, mon pays d’accueil me reçoit avec un coup d’État qui a paralysé pendant un peu plus de dix jours le processus exemplaire de transition que vit le Burkina.

L’incident, authentique soulèvement populaire et exemplaire, d’il y a moins d’un an, dont vous vous rapellerez très certainement, supposa la fin du “règne”  de Blaise Compoaré

(http://amigosderimkieta.blogspot.com/2014/11/seis-dias-para-un-cambio-politico.html). Alors j’étais sur avis, et par conséquent, préparée, dans la mesure où je pouvais l’être pour quelque chose de semblable. Celui-ci, par contre, m’a pris complètement part surprise, à peine arrivée et avec le poids de la responsabilité d’un bébé de deux mois. Perspective tout à fait différente!

En réalité Maître Fulgence, notre avocat à Ouagadougou, nous avait déjà prévenus. La seule chose qui pouvait faire obstacle au le procès électoral était l’annulation, de la part de l’Assemblée Électorale, de la candidature de la Présidence de certains membres de l’ex-gouvernement de Compaoré, qui avaient soutenu la modification de la Constitution qui leur aurait permis une nouvelle présentation.

Le RSP qui controlle les rues de Ouagadougou. Photo:  Joe Penny/Reuters

Le RSP qui controlle les rues de Ouagadougou. Photo: Joe Penny/Reuters

Et en effet, à cause de cette annulation, le RSP (Régime de Sécurité Présidentielle), Avec le Général Diendéré, main droite de Compaoré, aux ordres, a fait irruption dans la réunion  des Ministres du mercredi 16 septembre, séquestré tous les membres du Gouvernement de Transition, son Président Kafando et Premier Ministre, Zida. Plaff ! D’une seule volée, comme ça, comme qui tue une mouche d’un coup de poing, le futur d’un pays s’est vu brisé. Suite à la nouvelle, des heures de grande peine, d’incertitude et inquiétude qui nous accompagnèrent au lit, sans parler de la “comptine” de fonds des coups de feu en l’air que ceux du RSP faisaient en guise de preuve de pouvoir et pour bien démontrer qui avait les armes…

Difficile de résumer tout ce qui a eu lieu pendant ces jours. Journées très intenses, chargées de rumeurs et avec certain moment pendant lequel, je dois l’avouer, j’ai eu un peu peur.

Le jeudi 17, nous nous sommes réveillés avec le même son de la nuit avant, de rafales de tirs en l’air du

Barricades dans les rues contre le coup d’état

Barricades dans les rues contre le coup d’état

RSP, mais cette fois-ci dans le but de disperser toute tentative de manifestation de la société civile. En début de matinée, un militaire du RSP, au nom du “Conseil National de la Démocratie”  récemment fondé (…oui, de la “Démocratie”…), a fait une déclaration pour dénoncer la mauvaise gestion du Gouvernement de Transition, annoncer qu’ils assumaient le pouvoir du pays, que le président de la Transition avait été destitué et le Gouvernement dissolu et a déclaré vouloir mettre en marche un Gouvernement d’union qui n’exclue personne lors des prochaines élections”. Et voilà, ici la sans-raison du coup d’État. Dans un second communiqué, le général Dienderé s’est proclamé Président, a annoncé la fermeture des frontières aériennes et terrestres et a instauré un couvre-feu de 19h à 6h. Les gens ont commencé à se mobiliser et à sortir à la rue pour protester et mettre des barricades partout pour empêcher les RSP de passer. Des tirs “en l’air” n’ont pas cessé pendant toute la journée et nous nous sommes couchés avec un bilan officiel, non pas officieux, de 3 décédés et plus de 20 blessés par des balles perdues et un appel d’urgence de l’hôpital Yalgado, le principal du pays, pour faire une donation de sang. Malheureusement, ceci n’allait pas être possible parce que, indépendamment des heures du couver feu, la consigne de notre Ambassade à la quelle nous remercions l’attention reçue pendant ces jours, était claire: confinement chez soi pendant toute la journée jusqu’à nouvel ordre.

Le Géneral Gilbert Dienderé avec le Président du Sénégal,  Macky Sall. (AP Photo/Theo Renaut – Keystone)

Le Géneral Gilbert Dienderé avec le Président du Sénégal, Macky Sall. (AP Photo/Theo Renaut – Keystone)

Le vendredi 18 fut une journée chargée de rumeurs, toutes très alarmistes. Dienderé a annoncé la libération du Président de la Transition, Kafando, qui en réalité fut un déplacement à sa résidence, avec arrêt à domicile. Du premier ministre, Zida, nous n’avions pas de nouvelles, il restait séquestré et beaucoup de rumeurs craignaient de ce qu’il pouvait en être de son sort. Plus de décédés et de blessés, toutes les rues bloquées par des barricades, pneus enflammés et les premières nouvelles de chaos total pour “passer au pillage”. Dans l’après-midi sont arrivés au Burkina Macky Sall, Président du Sénégal et représentant de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest), avec Boni Yayi, Président du Bénin en qualité de médiateurs de la crise. Pendant toute cette journée se des condamnations du coup d’État sont succédées de la part d’organismes internationaux et beaucoup de pays annoncèrent l’annulation des aides à concéder au pays. Nous nous sommes allés au lit sans nouvelles des négociations. Le couvre-feu restait en actif.

Sortie des femmes avec des spatules de cuisine en l’air. Photo:  RD

Sortie des femmes avec des spatules de cuisine en l’air. Photo: RD

Pendant tout le samedi 19 les négociations ont continué. Attente tendue à la maison, très mauvaise connexion  à internet, seule source de nouvelles, pratiquement isolés de ce qui pouvait être en train de passer et une goutée continue de rumeurs. Des manifestations se sont succédées dans tout le pays pour demander aux militaires de réagir contre le coup d’État. Les femmes sont sorties, comme elles le firent en octobre, pour se manifester avec des spatules de cuisine en l’air. Le Chef d’État Majeur Général de l’Armée a rompu son silence, condamnant le coup d’État et la violence du RSP et demandant à la population d’avoir confiance en leurs forces armées nationales, assurant qu’ils étaient en contact avec les auteurs nationaux et internationaux de la crise, à la recherche d’une solution pour restaurer la paix. Les déclarations m’ont transmis de la tranquillité. Le fait de ne pas avoir intervenu et de laisser que les négociations aient lieux évitait un véritable bain de sang. En fin de journée du troisième jour de confinement à la maison, ils annoncèrent que les négociations avaient fructifié et le retour imminent à la Transition, dont nous recevrions les détails en début de la matinée du dimanche. Le recompte provisoire, jusqu’au moment, était de 10 décédés et plus de 100 blessés. Nous nous sommes couchés tachant de ne pas nous laisser mener par la joie de qui paraissait une bonne nouvelle et confiant que les résultats des négociations soient au goût de tous. Mais très méfiants, car il avait des rumeurs qui disaient que Dienderé avait négocié une amnistie. Et la population n’allait pas l’accepter.

Rues bloquées par des pneus enflammés . Photo AP

Rues bloquées par des pneus enflammés . Photo AP

Le dimanche 20 nous avons attendu en vain pendant toute la journée l’annonce des supposés “bons” résultats des négociations. Mais rien. En échange, nous nous sommes réveillés  avec les rumeurs des Ambassadeurs de la France et des États-Unis, ainsi que plusieurs politiciens nationaux,  séquestrés par le RSP dans l’hôtel où avaient lieu les négociations, qui supposément avaient terminé la nuit avant. Dieu merci, une rumeur, mais le genre de rumeur qui vous fait aller et venir à la maison sans savoir quoi faire. Et ce ne fut qu’une heure pendant laquelle toutes sortes de possibles situations avenir passèrent par ma tête, en cas de ce que cette rumeur s’avérait vraie… Rumeurs à part, la situation était à nouveau tendue dans les négociations qui continuèrent toute la journée. Jour où la plus grande de mes inquiétudes était que le lait de Wendkuni se finissait. Il n’y a pas besoin de vous dire que depuis le mercredi, tout, absolument tout, magasins, stations service, marchés, banques, boulangeries, etc. étaient fermés. Mais mon amie Valéa, mon “ange gardien burkinabé” qui a des amis partout, n’arrêta pas pendant toute la journée jusqu’à trouver deux boîtes dans le magasin d’un ami, d’un ami d’une personne connue, qui ouvra spécialement pour elle. Nous nous couchions à nouveau sans nouvelles, avec beaucoup d’incertitude, bien que tranquille et avec confiance, ne me demandez pas  pourquoi, dans le “savoir faire” de cette population.

Manifestation pacifique contre le coup d’Etat.  Photo:  Sia Kambou/AFP

Manifestation pacifique contre le coup d’État. Photo: Sia Kambou/AFP

Le lundi 21 l’armée entra en jeu, de façon pacifique, donnant un ultimatum à Dienderé pour rendre les armes et se rendre. Ce qui au début était une rumeur de l’arrivées des “tanks prêts à entrer en combat”, en réalité ce ne fut qu’une approche des unités militaires aux portes de Ouaga, mais même ainsi, ce geste de l’armée, je ne vais par le nier, ont fait que cette nuit je ne dorme pas tranquillement et avec confiance comme les nuits précédentes, et chose que je n’avait pas fait auparavant, ai décidé de préparer une petit sac à dos avec les passeports et les choses indispensables de Wendkuni au cas où il aurait fallu sortir en courant…

Le mardi 22 la CEDEAO se réunit toute la journée débattant la proposition de “sortie de la crise”, au sujet de laquelle personne n’était d’accord sauf les participants du coup d’État, car ils disaient qu’ils contemplaient leur amnistie  et la possibilité de que les candidats mis en véto puissent se présenter. Nous nous sommes couchés avec l’annonce de l’arrivée le jour suivant de nouveaux délégués de la CEDEAO pour trouver une solution que les actuels délégués n’ont pas réussi à obtenir.  Et avec les militaires, positionnés à l’entrer de Ouaga, en attente d’une solution pacifique.

Le Président de la Transition, Michel Kafando, annonce le fin d coup d’État. Photo:  Lefaso.net

Le Président de la Transition, Michel Kafando, annonce le fin d coup d’État.
Photo: Lefaso.net

Et le mercredi 23 arriva finalement, juste une semaine après le coup d’État. Ce matin, comme ça, sans plus, Kafando annonça son retour au pouvoir et la restauration du Gouvernement de Transition, donnant fin au coup d’État. La nouvelle me laissa très consternée et plus encore si nous tenons compte de comment cela était annoncé, ce jour ils ont reçu la visite de six chef d’état de la CEDEAO pour négocier les conditions du retrait de Dienderé. Et ce fut Dienderé , en qualité de je ne sais très bien quoi, et non pas le récemment restitué Kafando qui les a reçu à l’aéroport avec toutes les honneurs… Cette nous nous sommes couchés avec la bonne nouvelle de la part de notre Ambassade de la “levée” de la recommendation de ne pas sortir de chez soi et que le couvre feu se réduisait de 23h a 5h.

L’annonce de la fin du coup d’État du mercredi 23 continua une semaine d’ ambiance très fragile et pendant laquelle ils ont procédé au désarmement du RSP. Il ya a eu certain moment d’inquiétude avec le retour de la consigne de rester chez soi, car certains membres du RSP présentèrent résistance et l’armée a du attaquer  un campement avec des “armes lourdes” qui résonnèrent fortement à la maison… mais à nouveau le désarmement et une fois que Dienderé s’est rendu à la justice, après s’être réfugié pendant 24h à la Nonciature, on peut décider que nous sommes retournés à la normalité.

La force, fermeté, sérénité et confiance en la Providence du peuple burkinabé, ces meilleures armes !

La force, fermeté, sérénité et confiance en la Providence du peuple burkinabé, ces meilleures armes !

Nous avions beaucoup  d’espoirs et le fervent désir de que, pour une fois, il y ait un processus réellement démocratique dans un pays africain. Avec le coup d’État il semblait que cela n’allait pas pouvoir arriver. Et sachant, qu’à cette date et que jusqu’à ce que les élections aient lieu, tout peut arriver, il est vrai que cette nouvelle crise et sa gestion, a augmenté en moi la grande foi, confiance et amour que j’ai pour cette population, une population capable de surpasser les grandes crises ; mais ce qui est plus important, par dessus toutes les petites difficultés de chaque jour, qui sont nombreuses et très compliquées, avec un grand sourire, fermeté, sérénité et confiance en la Providence, ce sont les meilleures armes !