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De la sécheresse créatrice à le semence l’espoir : le verger Netri-OVF

Nov 21, 2024 | 0 commentaires

Depuis des mois, je suis dans une période de sécheresse créative. Ce n’est pas faute de sujets, car, comme vous le savez, l’inspiration se trouve ici tous les jours, dans tous les coins. Mais lorsque je m’installe devant l’ordinateur, je finis, presque sans le vouloir, par enfoncer mon doigt dans une seule touche, la touche “ effacer”.

La certitude que tout a une explication, et que c’est toujours pour le mieux, rend ma sécheresse plus supportable. Je suis consciente que c’est le résultat d’un 2024 complexe. Principalement à cause de l’énorme vide laissé par mon cher Sergi, mon “frère” adoptif et parrain de la FAR, qui, huit mois après son départ de ce monde, me manque encore. Et c’est aussi dû à beaucoup de petites choses qui s’accumulent avec le temps, jusqu’à devenir un peu plus lourdes.

Mais la semaine dernière, nous avons inauguré le “Verger Netri-OVF”, un projet rendu possible grâce à l’aide de la Fondation Netri et de la Fondation Open Value. La matinée partagée avec ses bénéficiaires, 50 veuves en situation de grande vulnérabilité, m’a réconcilié avec le clavier, et je sens que ce sera un grand post.

Moment de l’inauguration du Jardin Netri-OVF. Le terrain a une profondeur de 3 000 m2, avec le stockage des outils, le puits et les panneaux solaires et le réservoir d’eau.

Le jardin est bien plus qu’un espace de cultivation ! C’est une lueur d’espoir de progrès pour ces femmes, un lieu où elles peuvent se retrouver, où elles peuvent partager, apprendre et grandir ensemble. Ce projet n’est pas seulement une source de revenus, grâce à laquelle elles amélioreront les conditions de vie de leurs familles. Car en labourant le sol, en fertilisant et en arrosant, en coupant délicatement les tiges, en enlevant soigneusement les feuilles gluantes, elles renforcent aussi leurs capacités, leur confiance en elles-mêmes, leur vision et leur leadership en tant que personnes qui génèrent et promeuvent des changements positifs dans les situations dans lesquelles elles vivent.

Rendre autonome des femmes veuves dans une culture comme celle du Burkina Faso peut passer par l’apprentissage de la lecture, de l’addition et de la soustraction, par la création de cercles d’amitié où elles partagent leurs joies et leurs peines, et par un sentiment d’appartenance à un groupe de personnes partageant les mêmes valeurs qui atténuent la solitude inhérente à leur condition.

Les femmes du Jardin Netri-OVF préparant la terre pour la culture

À la FAR, nous restons fidèles à notre deuxième principe d’action : “persévérer plutôt que s’étendre”, base solide de notre stratégie à long terme. La FAR ne veut pas croître au-delà de ce qui peut être géré à une distance physique et avec une grande différence culturelle. La FAR veut rester là où elle est née et continuer jusqu’à ce qu’elle ne soit plus nécessaire à une population qui se classe toujours au 185ème rang sur 192 pays dans l’Indice de Développement Humain des Nations Unies. Cette approche exige que chaque nouveau projet, une ferme par exemple, soit conçu et mis en œuvre de manière à garantir sa durabilité, à assurer sa pérennité et sa viabilité dans le temps.

Le verger Netri-OVF est le résultat de plus de dix ans d’expérience et d’apprentissage dans le fonctionnement du premier Verger, le verger Netri. Grâce à lui, 26 femmes gèrent un verger de manière autonome et rentable, et disposent d’une source de revenus qui leur permet d’être économiquement indépendantes. C’est précisément grâce à cela que ces femmes ont acquis une reconnaissance sociale qu’elles n’avaient jamais eue auparavant. Cette reconnaissance a renforcé leur place dans le foyer et transformé leur statut social, en leur donnant la capacité de prendre des décisions pour elles-mêmes en cas de besoin.

Donner la « canne » aux poissons, et pêcher ensemble

Le verger de Netri est un exemple clair de ce que signifie “donner la canne à pêche”, mais avec l’engagement de pêcher pendant de nombreuses années ensemble (persévérer ! 😊 ). Ce fut un merveilleux travail d’accompagnement de proximité pour les 26 femmes, dont le résultat est un verger désormais autosuffisant.

Car ces femmes, en plus de payer les semences et les engrais, ont su comprendre l’importance de constituer un fonds de prévoyance avec lequel elles pourront payer l’entretien du verger, les outils, l’installation solaire du puits, ainsi que la mise à jour de leur formation auprès d’un agronome tous les deux ans.

Il est très satisfaisant de constater qu’au cours de ces 10 années, les femmes sont passées d’un chiffre d’affaires initial d’environ 2 500 euros à plus de 14 500 euros, grâce à notre insistance sur l’importance d’investir dans les engrais et l’irrigation, de sélectionner la cultivation la plus rentable (la laitue est devenue la star !), de prévenir et de contrôler les parasites, d’optimiser l’espace à cultiver, de trouver de nouveaux clients et de faire du marketing actif. Tout cela en gardant un œil sur la concurrence et en les aidant à s’adapter aux différents changements du marché.

Huerto Netri : la laitue, la culture la plus rentable

Et non moins gratifiant a été de générer une certaine habitude d’épargner chez des femmes qui, au jour le jour, luttent pour survivre, ce qui rend très difficile pour elles d’économiser afin de pouvoir payer la scolarité de leurs enfants ou de prendre soin de leurs besoins en matière de santé. Mais aujourd’hui, ce verger leur apporte non seulement une subsistance économique, mais aussi la sécurité d’un avenir plus stable !

Mais ce qui m’a peut-être le plus inspiré, c’est l’enthousiasme avec lequel les femmes du Verger Netri se sont engagées, à titre bénévole, à soutenir et à accompagner les nouvelles bénéficiaires du Verger de Netri-OVF. Avec une grande générosité, elles partagent tout ce qu’elles ont appris, avec le défi de les former pour qu’elles puissent reproduire le succès qu’elles ont elles-mêmes obtenu. Ainsi, à terme, Rimkieta comptera non plus 26 mais 76 femmes autonomes, des citoyennes aux droits plus étendus et un exemple à suivre pour leurs familles et leurs voisines.

Femmes du Jardin Netri

Sachant que la seule véritable difficulté que nous avons rencontrée dans la réalisation de la réplique du Verger Netri a été de trouver un terrain (plus de deux ans !), et convaincue que cette première réplique n’est que le début, j’ose écrire que, sans attendre trop longtemps que l’objectif du Verger Netri-OVF soit atteint, avec tout ce que nous avons appris, nous nous mettrons à la recherche de nouveaux terrains pour la création d’un troisième verger… qui fera place à un quatrième…. à un cinquième… à un sixième…😊

Je voudrais terminer en remerciant tout particulièrement les Fondations Netri et Open Value pour leur soutien et leur patience. Et à tous ceux qui ont contribué à la matérialisation physique du projet du jardin : à M. Konseibo et Maitres Fulgence et Bellemou qui, une fois de plus, nous ont accompagné avec leur professionnalisme et leur savoir-faire. Au Père André, et à toute la Congrégation des Enfants de Marie Immaculée, à qui nous devons la cession de leurs terrains. Et bien sûr, à la “petite Marie”, qui a mené tout le processus de création du verger depuis le début.

Photo de famille de la journée d’ouverture du Jardin Netri-OVF

Que ce jardin, comme l’appellent les Français, soit un lieu de partage de joie et de prospérité pour toutes les femmes qui en bénéficient !

Vue aérienne du verger de Netri OVF. Un merci très spécial à David Armada d’Emsimision pour la photo