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Écoles “possédées”…?

Sep 26, 2017 | 0 commentaires

Au Burkina Faso, et je ne sais pas si dans d’autres pays, pas nécessairement africains, il y a un phénomène, l’ « évanouissement collectif de jeunes filles en classe, » qui, cette année nous vivons de près.

Septembre est le mois de préparation de la « Rentrée » scolaire, qui ici se déroule en octobre. Un mois consacré à « huiler les rouages », qui ne s’arrête jamais complètement, de la nouvelle année scolaire de 300 enfants de l’école maternelle, les plus de 100 garçons et les plus de 100 filles des projets Garçons des rues et des filles non scolarisées, les mères du projet d’alphabétisation et les près de 500 bourses d’études.

En attendant leur tour pour renouveler la bourse scolaire FAR

En attendant leur tour pour renouveler la bourse scolaire FAR

Et nous y sommes cette semaine, à octroyer les bourses scolaires de cette année, et comme il ne pouvait pas être autrement, on me surprend avec une nouvelle histoire particulière, que je vias vous raconter.

C’est le cas de Aguiratou, une des filles bénéficiaires de bourse par la FAR depuis 6 ans maintenant, qui commencera cette année 4º de ESO. Sa mère veut la changer d’école parce qu’au cours de l’année dernière, il a subi plusieurs crises d’évanouissement en classe parce que, dans ses paroles et je cite le texte, « l’école est possédée par des « génies »… » (et quand elle dit « génies » elle se réfère à ceux de l’arabe « yinn », pas à ceux du latin « genius », c’est-à-dire, les êtres fantastiques de la mythologie sémitique…)

Comme beaucoup d’autres phénomènes au Burkina Faso, celui sur la « crise des évanouissements en classe », qui ont tendance à être collectifs (une étudiante commence et la plupart de la classe finit par tomber), se produisent assez fréquemment et sont attribués à des causes « paranormales ».

Je ne doute pas qu’il y a des causes naturelles qui provoquent ces évanouissements, mais juste au cas où, j’ai fait une recherche sur internet au sujet des « pertes de connaissance chez les adolescents » et il y a des milliers d’entrées. Et voilà, la première que j’ouvre, signale comme possible déclenche, « l’excès de chaleur », « de faim » et « une consommation insuffisante de liquides/déshydratation ». Bingo ! Dans un pays où les températures sont comme elles sont, les moyens pour s’alimenter sont rares, et l’accès à l’eau potable pour boire est difficile, les trois causes sont plus que suffisantes pour comprendre les crises d’évanouissement.

Représentation de différents « génies » à travers des masques

Représentation de différents « génies » à travers des masques

Avec toute la tendresse et compréhension, j’ai tenté de convaincre la mère de la jeune fille pour essayer et voir comment se déroule l’année scolaire dans la même école, en s’assurant que Aguiratou se nourrit et hydrate bien, soulignant les deux problèmes comme causes possibles des évanouissements, mais , comme vous pouvez l’imaginer, a été en vain.

Il est difficile de la convaincre, quand je fais un peu plus de recherches et je vois le phénomène au Burkina Faso a acquis une dimension de « psychose générale » dans certaines écoles. D’où que les évanouissements soient collectifs, la psychose conduit à ce qu’une fille s’évanouisse et les autres la suivent.

Comment résumer ce que j’ai lu dans les 5 minutes que j’ai passé pour enquêter davantage sur le sujet ! Il y a de tout, mais de qui m’a semblé curieux est le cas du directeur d’une école de Ouaga qui interdit à des filles de porter des mèches artificielles dans les cheveux (très fréquent ici), parce que l’infirmière de l’école avait constaté que la majorité des filles souffrant d’évanouissements portaient ce genre de mèches… L’infirmière a ensuite conclu que, bien que n’étant pas la cause principale, ces mèches contribuaient aux évanouissements… Dans les centres de santé où sont évacuées les filles évanouies, ils soulignent souvent comme cause « la panique provoquée par la pression des études »… Mais la croyance sociale signale comme cause principale, l’emplacement des écoles, peut-être sous d’anciens cimetières ou « autels » de sacrifices, ou le mauvais œil, soit à la fille qui s’évanouit, soit au directeur de l’école…

Le cas de Aguiratou est un nouvel exemple de la présence qu’a la foi en les « forces occultes » dans le jour à jour de cette merveilleuse société. Et cela me sert pour en apprendre un peu plus sur elle, et ne pas oublier que c’est un facteur très important qui joue un rôle central dans leur jour à jour.

Vous vous souviendrez, dans la même ligne, le cas que je vous racontais l’année dernière d’Inoussa (https://rimkieta.artnou.com/2016/09/29/deuxieme-chance-pour-inoussa/?lang=fr) qui, soit dit en passant, a terminé l’année avec un 8,5/10 et passe en CM2.

Nous verrons bien ce que nous apportera l’année à venir !