Je suis de retour à Rimkieta après quelques semaines à Barcelone. J’arrive renouvelée, avec beaucoup d’énergie et la conviction, après les évènements qui ont frappé le pays pendant ces deux dernières années (menace d’Ébola, soulèvement populaire avec la démission du Président, une année avec un gouvernement de transition, tentative de coup d’État, une attaque terroriste, une prise en assaut d’un dépôt d’armes, des incendies…), maintenant plus que jamais, de devoir rester à Rimkieta, fidèles à notre maxime de persévérer plus que tout vouloir faire.

Laver les habits et la vaisselle, l'une des responsabilités d'une petite fille orpheline qui vit dans une famille d'accueil

Laver les habits et la vaisselle, l’une des responsabilités d’une petite fille orpheline qui vit dans une famille d’accueil

Et c’est que notre rôle ici est de “faciliter” le développement, à long terme. Nous ne sommes pas pressés. Et pour ce faire, il faut être présent et pendant beaucoup d’années, essayant de faire ce que nous faisons avec toute la perfection possible. Il ne s’agit pas seulement de pourvoir des choses matérielles (aliment, attentions médicales, bourses scolaires, bicyclettes, arbres, etc.). Nous essayons également de générer un changement dans une société en respectant toujours les traditions et la culture.

Des évènements de chaque jour me rappellent ce que cette société doit encore parcourir.

Autre des responsabilités : prendre soin des bébés

Autre des responsabilités : prendre soin des bébés

Un d’entre eux est le cas de K. Sadia, une des filles du projet de “Formation de filles non scolarisées”. C’est une de ces filles qui n’ont pas de date de naissance. Elles savent l’année, 2006, mais pas le jour ni le mois… Sadia a été abandonnée par sa mère à 4 ans et le père est parti vivre en Côte d’Ivoire, sa grand-mère, veuve, la prenant en charge. S’agissant d’une fille “d’accueil”, même s’il s’agit d’un membre de la famille, Sadia depuis très tôt a du se charger des tâches de la maison, jusqu’à son incorporation au projet de la FAR. La scolarisation des filles est toute aussi importante que la sensibilisation des familles d’accueil pour qu’elles les libèrent de leurs obligations à la maison de façon à ce qu’elles puissent étudier et jouer comme il correspond à des filles de leur âge.

Un jour Sadia est venue en clase avec une coupure au visage. Nous lui avons demandé ce qui s’était passé. Sa grand-mère l’avant frappée avec le câble du chargeur d’un portable… Nous avons convoqué sa grand-mère pour écouter sa version des faits et elle nous a confirmé qu’effectivement il en avait été ainsi. La cause : Sadia avait demandé la permission pour aller jouer avec ses amies, mais sa grand-mère ne l’avait pas laissée, parce qu’elle devait laver le linge. Elles ont eu une grande discussion et la grand-mère finit par la frapper avec le câble. La grand-mère nous s’est repentie et a promis de ne plus jamais le faire.

Une "chicotte"

Une « chicotte »

Mais frapper les enfants, et quand je dis frapper je ne fais pas référence à une petite claque, mais à frapper pour de bon, à humilier, c’est à l’ordre du jour ici. Non seulement à la maison, mais également, et en plus grande mesure, dans les écoles. Chaque année nous avons des cas de garçons et filles des projets qui ont voulu abandonner l’école à cause de raclées continues de leurs professeurs, ou qui ont abandonné leur foyer, surtout les garçons, pour la même raison. La violence ne fait qu’entraîner la peur dans un enfant et ce ne doit pas être une méthode de discipline parce qu’elle ne les aide pas à réfléchir et à savoir ce qu’ils ont mal fait. Frapper les enfants este si courant ici qu’une des professeurs que nous avons eu au début du projet des filles non scolarisées, le premier jour de classe avait apporté parmi son matérielle une “chicotte” en caoutchouc (https://fr.wikipedia.org/wiki/Chicotte), bien en vue, sans la cacher, avec toute naturalité, entres les stylos, les livres de textes et les cahiers… Je ne sais pas très bien pourquoi… mais je l’ai ici, dans un tiroir de mon bureau. Sans doute parce que chaque fois que je l’ouvre, elle me sert de rappel de la grande distance qui nous reste à parcourir et l’importance de persévérer plus que tout vouloir faire, parce que pour leur montrer à pêcher la canne à pêche ne suffit pas, il faut pêcher ensemble pendant beaucoup d’années. Nous y travaillons, grâce à vous tous qui nous supportez avec votre aide économique, votre soutien spirituel et vos preuves d’affection.