
Mes voisins, entrain de jour dans la rue
J’ai lu à plusieurs reprises que l’Afrique est le continent oublié, mais je me couche chaque jour convaincue du contraire.
Sinon, comment expliquer qu’un groupe d’enfants de moins de 4 ans, nu-pieds et avec à peine un chiffon en guise de cache-sexe, jouent avec du feu, du fer et des ordures en plein milieu de la rue, qu’ils s’amusent sans besoin de rien de plus que de laisser passer la journée et que nul d’entre eux ne finisse blessé ?
Ou qu’une personne âgée qui circule sur un vélo déglingué, soit capable de sortir force et ingéniosité d’on ne sait où pour pouvoir freiner à temps, à la dernière seconde, avant de ce qu’une voiture ne l’emporte parce qu’il a croisé, sans regarder, une rue pleine à craquer de voitures, motos, vélos, charriots tirés par des ânes, conducteurs de taxis qui conduisent n’importe comment, dans des voitures toutes aussi déglinguées…?
Ce ne sont qu’une paire de scénarios de la vie quotidienne des rues de Ouaga qui me font penser que bien que nous devrions nous rappeler davantage de ce merveilleux continent, ce qui est sûr est que Dieu et ses anges gardiens se trouvent à chaque recoin pour nous protéger à tous ici chaque jour.
Ce sont ces anges gardiens qui nous protègent et guident les enfants du projet “Formation et Réinsertion des enfants de la rue” de la FAR, j’en suis sûre.

Un des enfants du projet dans l’atelier de mécanique
Un exemple: Aziz
Aziz est l’aîné d’une famille de 5 enfants, abandonnés par leur père pour aller cultiver en Côte d’Ivoire, avec la promesse ou l’espoir de pouvoir rentrer un jour avec de l’argent. Sa mère creuse du sable qu’elle revend pour faire des briques crues, ce qui ne rapporte pas des masses pour une famille nombreuse. Quand son père a disparu, Aziz avait 9 ans et commençait à fréquenter les rues pour chercher de quoi revendre pour pouvoir aider sa mère. Ceci incluait vol les jours où il ne trouvait rien dans les ordures… Drissa, le responsable du projet d’enfants de la rue, se promenait beaucoup près des terrains découverts où les femmes creusaient le sable parce qu’il sait que les femmes qui font ce très dur travail duquel elles n’obtiennent pratiquement rien à la fin de la journée, sont des femmes très démunies. Aziz eut la chance que Drissa remarqua sa mère et entra dans le projet de la FAR en 2012. Après avoir passé une année à la Fondation, il reçoit depuis trois ans une formation de mécanicien dans un atelier.

Les enfants du projet avec les responsables
Les deux premières années furent très difficiles. Son comportement n’était pas correct, avec beaucoup d’absences volontaires, disputes, insultes au patron, vol inclus dans l’atelier. Chaque fois qu’un de nos garçons a un problème de conduite, on convoque le garçon et ses parents/tuteurs (il faut toujours travailler ensemble, même si ce n’est pas facile), au bureau de Cristina, la responsable du projet avec Drissa et Jacques, et ils lui font un “appel à l’ordre”, en tant que petite sanction, dépendant de la gravité de la faute. Comme d’habitude, il y a des enfants qui sont avec nous depuis plusieurs années et ne sont jamais passés par le bureau de Cristina et d’autres qui y sont assidus. Aziz était un assidu… trop… Et quand c’est comme ça, il arrive un moment et ce moment est arrivé en décembre après un nouveau vol à l’atelier, dont la seule voix qui nous restait était l’expulsion temporaire. Avec Aziz c’était un risque pour nous de le laisser complètement seul, en vue de ses antécédents dans les rues, par conséquent nous décidions une expulsion de l’atelier mais avec l’obligation de venir tous les jours à la FAR pendant une période de réflexion et apprentissage. Pendant deux mois nous ne lui avons pas facilité les choses et l’avons maintenu occupé avec des tâches de ménage, arrosage des arbres, faire la vaisselle et nettoyages des toilettes, etc., ainsi qu’avoir une conversation tous les jours avec lui, l’encourageant à réfléchir et essayer de l’aider à apprécier la chance qu’il a de pouvoir appartenir à la FAR et à en profiter. Je suis sûre que pendant toutes ces conversations et dans toutes les tâches qu’Aziz faisait très à contrecœur il y avait un ange gardien qui le poussait à continuer et à ne pas tout lancer par-dessus bord, parce qu’Aziz se trouvait sur la corde raide… Petit à petit nous avons remarqué un changement de comportement et d’attitude et en février Aziz nous a dit qu’il avait appris la leçon et qu’il voulait retourner à la formation. Depuis lors, et cela fait trois mois et demi déjà, record dans l’historique d’Aziz, il n’y a eu aucun incident à l’atelier, son comportement est correct et il n’a eu aucune absence volontaire. Et en plus il fait preuve d’intérêt pour la formation!
Et comme lui, nous en avons 5/6 cas de plus, de la centaine des enfants de la rue dont nous nous occupons, “visitants” assidus du bureau des “appels à l’ordre”, dont je suis sûre qu’ils ne sont pas retournés à la rue dû surtout à la patience infinie et au travail laborieux de Cristina, Drissa et Jacques, mais également grâce à la protection des anges gardiens qui se trouvent dans chaque recoin d’Afrique.